Classé dans : Totalement inutile

Il y a quelques soirs, alors que je dégrisais paisiblement sur mon futon, je me mis à jongler avec des nombres sans motif précis. Étant un cancre notoire dans pratiquement toutes les sphères des mathématiques, je me prêtai peut-être à l’exercice par défi personnel ou, plus vraisemblablement, par pur ennui. J’additionnais, soustrayais, préparais une batch de café, racine-carréisais, sacrais, divisais, multipliais…puis additionnais et puis…oh…stupéfaction soudaine et non-sollicitée ! Qu’est-ce donc que cette singulière manifestation dont l’épicentre est le chiffre neuf ? Lorsqu’on additionne les chiffres qui composent ses facteurs, on obtient immanquablement…9 ! 18, 27, 36, 45, 506563074…Peu importe la quantité de fois que l’on juge utile de conjurer sa présence, il se trouve toujours là, prévisible, redondant, n’existant hors de lui-même qu’artificiellement, mais qui devient familier, presque confortable…comme une incarnation numérique d’un personnage de Marcel Gamache. Ah…de grâce, que l’on ne me prenne pas pour un con : je ne croyais pas avoir fait une découverte ahurissante! Ce fait anodin a bien pu être originellement découvert par des proto-humains troglodytes en quête de proto-proies! Non, j’étais simplement heureux de voir que j’avais encore la capacité de m’émerveiller…
Mes colocs et moi zappions, désabusés, le soir du 9 janvier. Le détenteur de la télécommande cessa d’appuyer frénétiquement sur ‘’Channel +’’ lorsque nous atterrîmes sur LCN. ‘’Hein! Denis Lévesque va parler de scientologie à son émission!’’ Ce cave ultime devait recevoir un expert neutre pour clore une série de trois entrevues sur le sujet dont les deux premiers invités furent un ancien membre démoli puis un membre actuel défendant sa secte. Avant de voir l’émission, nous avions tous l’impression que Denis (Déni) Lévesque était un journaliste petit qui tentait désespérément de ressembler à Jean-Luc Mongrain en démontrant éloquemment son étroitesse d’esprit par bon nombre de sophismes et de techniques de rhétorique malhonnêtes pour abrutir des gens intelligents, mais mal informés. Donc, nous crûmes qu’il allait enfin utiliser sa démagogie facile à bon escient, c’est-à-dire pour ridiculiser un groupe dangereux (les exemples documentés ne manquent pas pour appuyer cette accusation). Je préfère toujours un débat rationnel pour défendre un point de vue, mais dans certains cas rares tel la scientologie, je suis prêt à cautionner les pires bassesses.
Or, l’émission est à peine commencée qu’une vague inquiétude s’empare de nous : l’invité, un certain Alain Pronkin, travaille au ‘’Centre d’information sur les nouvelles religions’’. Le ‘’spécialiste’’, soi-disant neutre, se lance alors dans un long monologue où il affirme, par exemple, qu’il est facile de quitter l’église de scientologie, que la souffrance occasionnée par un tel départ chez certains ex-membres vient d’un sentiment de dépendance (ils sont ‘’accro’’ au culte…pourquoi auraient-ils quitté alors?), que leurs traitements sont efficaces, etc. En plus, il a commis certains lapsus, mêlant les pronoms ils, on, nous…À croire qu’il est membre! Pendant ce cirque, Déni Lévesque lisait insensiblement les questions écrites à l’avance, mordant stupidement à l’hameçon. Il était si peu objectif, si complice, qu’il aurait aisément pu être remplacé par une borne fontaine. Au moins, ça aurait été honnête.
http://lcn.canoe.ca/cgi-bin/player/video.cgi?file=20090109-204549&alt=1
Classé dans : Totalement inutile | Mots-clefs: Amir Khadir, Chaussure, Lancer, Mercier, Soulier

Ça y est, je suis accro au lancer de chaussures. Contrairement à Laura Bush qui qualifie le geste d’agression, je dois dire que je le trouve, dans le pire des cas, espiègle, taquin, sinon bon-enfant. ‘’Hop! Mets-ça dans ta pipe, vilain croque-mitaine!’’ Il s’agit aussi d’un moyen accessible (donc forcément démocratique) de faire part de son mécontentement. Cependant, il est vrai que les dérapages sont à envisager devant l’ampleur que prend le phénomène et c’est pourquoi je propose que l’on s’impose certaines balises pour que l’activité demeure le sport candide qu’il est à l’état actuel. Par exemple, le poids socialement acceptable des dits souliers devrait être défini. Ainsi, puisqu’elles peuvent blesser plus que légèrement, je crois que les bottes sont à proscrire dans la majorité des cas, sauf bien sur si leur couleur est cocasse. Pour des raisons opposées, les pantoufles en phantex se prêtent mal à l’exercice dû à la faible vélocité qu’elles peuvent atteindre, faute d’être suffisamment lourdes. Il ne faut pas non plus oublier qu’elles peuvent contenir des charges d’électricité statique potentiellement mortelles pour la personne ciblée. Alors, pour une efficacité et un plaisir optimal, je plaide pour l’utilisation d’une chaussure légère, mais tout de même dotée d’une semelle (pour maximiser l’effet de rotation lors du lancer) et qui n’est pas trop dispendieuse, comme les imitations de Converse de Daoust ou encore, pour les traditionalistes, des babouches.
Blagues à part, je suis subjugué de savoir qu’un professeur de CÉGEP puisse demander une motion de blâme contre un député parce que ce dernier osa lancer une godasse sur une pancarte. Qu’ils vendent nos ressources à la criée aux corporations, pas de problème, mais s’ils font des pitreries dans une manifestation, alors là on a tout un scandale!

En réponse à l’indignation exagérée de cet enseignant de Sainte-Foy, voici une solution aussi exagérée pour ‘’punir’’ le geste d’Amir Khadir : tapissons Mercier d’un écriteau ‘’Danger! Souliers volants!’’
Rendons-nous enfin à l’évidence la plus élémentaire : certaines questions ne méritent pas de réponse, alors je refuse désormais de me creuser la cafetière pour leur en trouver une. Voilà…Hier, deux jeunes touristes exagérément sociables passèrent à la réception pour me dire toutes sortes de choses de l’ordre de ‘’Voyager, c’est le fun!’’ et ‘’Il pleut dehors’’. Jusque là tout va bien, on jase de tout et de rien dans la bonne humeur…Jusqu’à ce qu’ils me posent cette drôle de question : ‘’Quel est d’après toi le ratio de belles filles (hotties) qu’il y a dans l’auberge?’’…Puis je me mets à y penser, à jongler avec des chiffres, des visages, des noms, des cuisses…Mais qu’est-ce que je fais là? Me dis-je. C’est impossible de répondre à un truc pareil, alors je décidai de leur expliquer pourquoi, toujours dans la bonne humeur (bien sur, je paraphrase et j’en rajoute par souci d’enjolivement) : ‘’J’aimerais beaucoup te répondre, mais c’est impossible parce que je n’ai aucune donnée valide là-dessus. Pour en avoir, il faudrait d’abord rassembler un échantillon représentatif de filles qui séjournent ici en ce moment. Ensuite, comme la beauté est une notion absolument subjective, il faudrait donc idéalement rassembler un panel d’experts aux préférences variées qui reflètent celles du reste de la population. Aussi, il serait nécessaire de les outiller en créant une grille d’évaluation pour que les résultats soient crédibles…Si on répète ensuite l’expérience en double aveugle et si tout concorde, là seulement je pourrais te répondre, mais honnêtement, je trouve que c’est beaucoup de trouble pour pas grand-chose.’’ Oui, je suis capable d’être plate de même.
Classé dans : Auberge | Mots-clefs: Centre-ville, Longueuillois, Montréal, Police, Vol
Alors que je fumais une cloppe tranquillement sur le perron de l’auberge, je vis, au coin de René-Lévesque et Mackay, une bande de sept jeunes banlieusards saouls à faire honte qui hurlaient et titubaient au hasard des ilots de glace. Je n’en faisais pas trop de cas jusqu’à ce que je remarque qu’ils emmenaient des tas de trucs d’une voiture à une autre en gueulant de très subtils : ‘’AAAH! Un subwoofer gratuit! Hahaha!’’ et autres ‘’Ostie, check ça man! Veux-tu du lave-vitre?’’. S’ils n’avaient pas eu l’air de tels fieffés mangeux de marde, j’aurais peut-être fermé les yeux…spécialement s’ils avaient été moindrement fringués en pauvres, mais pas une miette! D’authentiques gosses de riches parvenus venus faire le trouble dans MA ville! Non, surtout que je présumais qu’il s’agissait de l’auto d’un touriste…C’est beaucoup de travail un char défoncé, on appelle la police, on réconforte le voyageur, on cause d’assurances…Non, j’ai composé 911 sur le champ en me disant que tout ce cirque serait bientôt terminé et que je pourrais ainsi retourner lire Proust. Pensez-vous…Je retourne sur le porche, fumant cloppe sur cloppe en attendant un char blanc sirèné qui ne vint jamais. Cinq des tapons sont partis dans une voiture pendant que les deux autres attendaient Nez Rouge en volant ce qu’il restait dans la voiture hatchback noire. Comment je sais tout ça? Parce qu’ils HURLAIENT tout ça sans la moindre gêne. Eh bien Nez Rouge arriva une demi-heure après que j’aie fait l’appel alors ils sont partis tout bonnement avec le stock volé dans la valise et des preuves flagrantes de leur méfait PARTOUT autours! La police ne vint jamais. Je rappelai donc au 911, leur disant que ce n’était plus la peine puisqu’ils étaient tous partis de toute façon. Non seulement l’opératrice semblait s’en calisser éperdument, elle ne semblait même pas vouloir des informations que je lui donnais. La morale de cette histoire : je ne rappellerai la police que lorsque je ferai face à des problèmes qui ne se règlent pas avec un wrench et une chaine à bécique.
Classé dans : Totalement inutile | Mots-clefs: Courir, Fossé, Jutland, Montréal, Nuages, Nuit, Tour du monde
Vers 3h15 ce matin, l’humidité écœurante de la journée commençait lentement à se dissiper. Au dessus de moi, un amalgame de nuages ressemblait à une carte grossière du nord de l’Europe avec un Jutland démesuré. Les pays Baltes, quant à eux, avaient vraisemblablement été rasés par un caprice du vent. Des bruits de pas à peine perceptibles me ramenèrent sur terre, où je vis un jeune type courir à vive allure au milieu de la rue déserte, ni poursuivi, ni poursuivant. À peine quelques secondes plus tard, il s’est effondré sur le trottoir en voie de construction (bref, dans un fossé), marmonnant des phrases incohérentes à ses démons. Il s’affaira ensuite pendant un bon cinq minutes à escalader à quatre pattes la minuscule butte qui le gardait captif. ‘’Euh…je devrais tu aller l’aider? Hum…non.’’ Une fois libre, il se remit à courir frénétiquement en direction d’où il était venu. La nuit a dû être longue pour lui…Quand je relevai les yeux, les côtes éthérée de la mer du nord avaient disparues, laissant place à une vaste masse informe…l’Asie mineure, disons.
Classé dans : Emplois douteux | Mots-clefs: Agrijob, autobus, Bill Murray, Greyhound, longueuil, métro, silence, sommeil, VLB, Voyage

Oi! Oi! Ouf…Quelle farniente épouvantable! Mon congé se résume à revoir tous les films de Bill Murray et à relire toute la saga des Beauchemin de VLB (Bibi Gomm, t’es le meilleur, même si t’es le plus malheureux), souvent en vidant des sacs de chips à saveur de régulier. Cet immobilisme serait beaucoup plus facile à tolérer si la batch d’indiennes que je viens de recevoir n’étais pas si mauvaise…Je sais, j’ai juste à pas fumer, hein? Alors, comme je n’ai rien à raconter de bien fameux, je vous offre des restants bien enveloppés dans du saran wrap : le premier volet de mon épopée d’une journée chez Agri (Angry)-Job.
Je me suis finalement extirpé hors de l’insondable abysse de la déprime pour ne pas rater mon autobus jaune, ce matin. Agri-job…chef-lieu de bon nombre d’abcès sociaux, de cancres racistes de sous-cale et autres ex-tôlards tiraillés par leurs spasmes de mâchoire…C’est trop beau pour être vrai! Je me suis donc levé à 4h du matin pour être au métro Longueuil à six pour que l’on me fax ensuite dans le bout de Saint-Cuthbert avant huit. Sommairement réveillé, je trouvais la brume d’avant l’aube absolument sublime sur De Lorimier, attendant la 10, gaillard et souriant devant cet imminent «petit-voyage». Je n’ai jamais vraiment aimé le jour, spécialement lorsque point dans le ciel cette grosse boule de gaz qui s’explose sans fin ni début ni but. Je me sens chez moi dans le silence du sommeil des autres.
La noirceur avait pourtant quitté le pays quand je sortis du métro Longueuil. Ne sachant trop où je devais aller, je suivis un long cortège de gens à la mine basse qui longeaient des parkings déserts à l’ombre du pont Jacques-Cartier, résignés à monter dans un des trois autobus scolaires solitaires postés à presque un kilomètre de là. Une fois rendu, un gars greillé d’un dossard orange de brigadier me beugla : «Tu t’en vas à’ ferme à Jasmin? La numeuro trois.» Comme il n’y avait encore personne à bord, je pus faire le coup du Greyhound, c’est à dire se ruer vers le dernier banc, s’y évacher mollement et faire semblant de dormir jusqu’à se que la machine démarre. Ça fonctionne presque à tous les coups, à condition d’être suffisamment sans-cœur pour faire fi des grognements et autres «calisse!» que vous refilent les martyrs privés de Sain-Siège. Je suis capable de l’être, sans cœur…à mes heures…J’eus donc la pas pire paix jusqu’au chemin de garnotte menant au trou boueux (inexactement nommé «champ») du dit monsieur Jasmin, si ce n’est des cahots redoutables que la suspension achevée faisait subir à ma colonne déjà peu droite.
J’avais encore, à ce moment là, un sourire niais harnaché au visage. J’étais prêts à accomplir n’importe quelle tâche ingrate…
Suite à venir lors d’une autre chaîne de nuits paresseuses…
Classé dans : Auberge | Mots-clefs: Ambulance, Auberge, Boss, Congé, Lundi, Malade, Montréal, Mythomane, Torse, Vieux, Vomi
Ah…ce qu’il fait bon se prélasser les lundis matins…Je crois fermement être en avance sur l’Europe : la semaine de quatre jours, c’est si passé. Vive la semaine de trois jours! Ouais, surtout lorsqu’elle se termine de façon, ma foi…si héroïque! Un pauvre vieillard me surchargeant de remerciements extravagants pour une tâche que j’ai plus ou moins accomplie. Je vous explique :
Le type (appellons le Monsieur I.), séjourne à l’auberge depuis presque deux semaines déjà (au grand dam de ma supérieure de deux échelons, alias Mademoiselle la Directrice). Il a tôt fait de nous entretenir sur le noble motif qui le poussait à visiter Mourial, en l’occurence, amasser des fonds pour un organisme venant en aide aux vétérans. Tout cela est bien merveilleux et louable, or le pauvre petit monsieur se met vitement à raconter des sornettes un peu trop nettes…Sa favorite est que Céline Dion (Dieu nous en protège) est passablement chummy avec lui, au point qu’elle allait donner un spectacle dans le lobby imminemment. Bah…la première fois qu’on entend un truc de la sorte, ça peut passer pour une blague, on s’en tire bien et ça PEUT finir là! Malheureusement, il récidive encore et encore avec cette même histoire (assez épouvantable en soit, d’ailleurs) jusqu’à se que l’on s’en lasse. Voici comment Monsieur I. fut rapidement étiqueté mythomane par la force des choses.
Ainsi, lors d’une nuit morne qui envançait jusqu’ici sans heurt, Monsieur I., expert dans l’art de causer des malaises, semble s’être fait prendre à son propre jeu. Vers 4h45, il me marmone un truc concernant un mal de ventre. Je lui réponds sans lever les yeux de mes rapports que je ne peux lui fourguer de pilules, mais ce n’était pas sa question, il voulait plutôt connaître le numéro d’info-santé. Après avoir parlé pendant à peine une minute avec l’infirmière, il se retourne viviement vers moi et me demande un très gros bol…vite! Fuck! Tout ce que je trouve est minuscule, donc futile pour restituer. Spontané comme un samurai, Mr. I. n’est pas pris au dépourvu : il empoigne la poubelle de la réception, éjecte son convercle et se mets à y dé-déjeuner en émettant des sons inhumains. Je vous assure que jamais je n’aurais pu croire que cet homme pouvait crier de façon aussi aigüe…un peu comme un hurlement de canin blessé…ou est-ce encore celui d’une loutre marine? Peu importe, alors qu’il gerbait sans trève, je pris le combiné et donnai les infos du digne ami de Céline à l’infirmière au bout du fil qui semblait trouver le tout très, très drôle (ouais, ça parait que c’est pas toi qui a la face à un mètre d’un pâté sauce à la bile!). Une fois l’appel terminé, le malade appela lui même l’ambulance vu qu’en plus il avait bien mal au torse. Il s’est excusé puis m’a remercié abondamment avant de monter dans l’ambulance.
Il demeura à l’hopital pendant quelques jours. Je demandai de ses nouvelles sporadiquement et l’on m’apprit qu’il avait téléphoné pour dire qu’il allait bien, qu’il m’était éternellement reconnaissant (allez savoir pourquoi)…et qu’il devait se faire opérer. Au mot «opérer», je fus un peu dégouté de mon stoïcisme intransigeant, mais au fond, comment pouvais-je deviner qu’il ne mentait pas avant qu’il fasse fonctionner son système digestif à sens inverse?
Le lendemain de son départ, j’eus un peu la frousse…Voici le message que j’envoyai à mes estimés collègues ce matin là :
«Vésicules biliaires en fusion
Je commence à croire que (Mr. I.) à trainé autre chose que Céline Dion dans sa valise…Une pandémie, par exemple. Deux nuits, deux patchs de vomi : cette fois, un bougre ou une bougresse a fait vidange dans la toilette à côté du bureau d’über-boss puis à crut bon de saucer un sous-bois de papier brun dans son souper presque digéré. J’ai laissé la scène intacte, pas par paresse, là, mais plus par peur qu’il y ait un cimetière indien en dessous de tout ça…Une malédiction est si vite arrivée. »
Il n’y eu heureusement pas de pandémie et quelqu’un d’autre ramassa le dégât. Je suis vraiment une loque cheap.
* * *
Voilà comment cette épopée se termine : Mr. I. revient de l’hopital, il semble vouloir rester jusqu’à la fin des temps à l’auberge et m’a flanqué des bordées de «Merci» en pleine tronche avant que je lève les voiles à bord de Vagabond (’souvenez, mon trois vitesses brun?) pour un délectable cinq jours et quatre nuits de congé. Bon, je cré bien que je vais aller me chercher une autre bière, là.
J’étais en congé avant-hier et comme je devais passer la nuit debout au travail le lendemain je décidai dans un élan de professionnalisme de me démolir la gueule à l’Esco à l’aide du rédempteur chèque de paie que je venais de recevoir. J’y croisai un vieux pote juste après le dernier set du groupe (les Poupées pas de tête, je crois. C’était malade!) et une pinte en entraînant une autre, rendu au last call je marchais plus croche que Keith Richards. Une quinzaine avant que le doorman nous convainque de quitter les lieux à grands coups d’arguments forts justes, nous fîmes connaissance avec un gars du Lac plutôt volubile qui faisait tourner devant lui, sur le comptoir du bar, une toute petite can de métal arborant, sur le couvercle, l’inscription «Copenhagen».
-Tsss…Hun…C’est quoi ça? Demandai-je habilement.
-Ça là…Ça…(il me fout la canisse à deux pouces de la face pour que je comprenne bien ce que «Ça» voulait dire)…Ça c’est magique, man!
-Ha ha ha! Ouan…
-J’niaise pas! C’est vrai! As-tu déjà entendu parler de t’ça, du snuff?
Du snuff…C’est clair que oui. Une fois fin rond, je peux oublier mon adresse et mon numéro de téléphone, mais je vais me rappeler de la date de la chute de Byzance. Ma mémoire est le chef-lieu de tant de faits futiles et anodins, l’anti-pragmatisme absolu. «Du tabac à priser? Tu sniffes du tabac?» que je lui dis, incrédule. Il hocha glorieusement de la tête, ouvrit le truc et me le tendit. J’avais déjà lu un brin là-dessus et je trouvais l’idée absolument répugnante. Non, mais…du tabac dans le nez! Faut pas être toute là pour essayer un truc pareil! Beh…évidemment que j’ai essayé…
C’est immonde et sublime à la fois. L’odeur n’est pas sans rappeler le tabac à pipe Nightcap de Dunhill (un de mes favoris) et ça vous suit pendant un bon moment. L’effet, quant à lui, est un mélange contradictoire de détente et d’éveil puissant qui dure le temps de…le temps d’une chanson western d’après last-call. On doit toutefois composer avec des éternuements constants et insuportables. Bref, je suis bien heureux de l’expérience, mais je ne crois pas la répéter de si tôt…
Classé dans : Auberge | Mots-clefs: Auberge, Bitch, Furax, Job, Montréal, Slut, Touriste, Voyage
J’étais assis sur la rampe du balcon devant l’auberge, fumant une cloppe, fixant l’horizon d’un air hagard…bah, je travaillais, quoi…lorsque M…, blonde, américaine et souvent saoule personne résidant ici avec une amie depuis déjà quelques jours, fit irruption dehors. Son sourire était aussi large que son décolleté quand elle me demanda si elle pouvait s’asseoir près de moi. Près est un euphémisme : elle s’est mise à cheval sur la rampe et s’est avancée autant qu’elle pu. Peu à mon aise, je tentai de reculer, mais la colonne ionique de droite m’en empêcha. Pendant que j’échafaudais un plan d’évasion, elle me dit que son amie était en beau fusil contre elle et que ce serait chic que l’on parte ensemble «quelque part». Je lui rétorquai que je ne pouvais pas, de un parce que je travaille, de deux parce que je ne peux plus bouger. Elle émit un rire confus quand tout à coup surgit l’amie en question (R…, je crois) qui semble furax contre moi aussi. Voici une traduction libre de l’engueulade qui suivit :
- Reviens dans la chambre tout de suite, salope ! Dit R…
- Pffff…Non! Dit M…
- Oh! Ok! T’aimes mieux fourrer un gars que tu connais depuis moins d’une semaine que de rester avec une amie qui t’endure depuis…huit ans!?
- Ha! Genre…Tellement.
- Ne le fait pas avec elle, c’est une salope. M’informe R…
- Ta gueule, bitch!
Ce n’est qu’à ce moment que je compris qui était «le gars»…Elles se querellaient ainsi à propos d’une situation complètement chimérique, faisant complètement abstraction d’éléments capitaux comme, disons…mon consentement. J’ignore si M… a abdiqué parce que je lui ai glissé au travers ses piaillements que j’étais pris ou bien parce que je riais plutôt fort…De toute façon, elles ont finalement titubé jusqu’à leur chambre en se traitant sporadiquement de «bitch» et «slut» dans le silence des corridors. J’adore ma job!


