Classé dans : Totalement inutile | Mots-clefs: Courir, Fossé, Jutland, Montréal, Nuages, Nuit, Tour du monde
Vers 3h15 ce matin, l’humidité écœurante de la journée commençait lentement à se dissiper. Au dessus de moi, un amalgame de nuages ressemblait à une carte grossière du nord de l’Europe avec un Jutland démesuré. Les pays Baltes, quant à eux, avaient vraisemblablement été rasés par un caprice du vent. Des bruits de pas à peine perceptibles me ramenèrent sur terre, où je vis un jeune type courir à vive allure au milieu de la rue déserte, ni poursuivi, ni poursuivant. À peine quelques secondes plus tard, il s’est effondré sur le trottoir en voie de construction (bref, dans un fossé), marmonnant des phrases incohérentes à ses démons. Il s’affaira ensuite pendant un bon cinq minutes à escalader à quatre pattes la minuscule butte qui le gardait captif. ‘’Euh…je devrais tu aller l’aider? Hum…non.’’ Une fois libre, il se remit à courir frénétiquement en direction d’où il était venu. La nuit a dû être longue pour lui…Quand je relevai les yeux, les côtes éthérée de la mer du nord avaient disparues, laissant place à une vaste masse informe…l’Asie mineure, disons.
Classé dans : Emplois douteux | Mots-clefs: Agrijob, autobus, Bill Murray, Greyhound, longueuil, métro, silence, sommeil, VLB, Voyage

Oi! Oi! Ouf…Quelle farniente épouvantable! Mon congé se résume à revoir tous les films de Bill Murray et à relire toute la saga des Beauchemin de VLB (Bibi Gomm, t’es le meilleur, même si t’es le plus malheureux), souvent en vidant des sacs de chips à saveur de régulier. Cet immobilisme serait beaucoup plus facile à tolérer si la batch d’indiennes que je viens de recevoir n’étais pas si mauvaise…Je sais, j’ai juste à pas fumer, hein? Alors, comme je n’ai rien à raconter de bien fameux, je vous offre des restants bien enveloppés dans du saran wrap : le premier volet de mon épopée d’une journée chez Agri (Angry)-Job.
Je me suis finalement extirpé hors de l’insondable abysse de la déprime pour ne pas rater mon autobus jaune, ce matin. Agri-job…chef-lieu de bon nombre d’abcès sociaux, de cancres racistes de sous-cale et autres ex-tôlards tiraillés par leurs spasmes de mâchoire…C’est trop beau pour être vrai! Je me suis donc levé à 4h du matin pour être au métro Longueuil à six pour que l’on me fax ensuite dans le bout de Saint-Cuthbert avant huit. Sommairement réveillé, je trouvais la brume d’avant l’aube absolument sublime sur De Lorimier, attendant la 10, gaillard et souriant devant cet imminent «petit-voyage». Je n’ai jamais vraiment aimé le jour, spécialement lorsque point dans le ciel cette grosse boule de gaz qui s’explose sans fin ni début ni but. Je me sens chez moi dans le silence du sommeil des autres.
La noirceur avait pourtant quitté le pays quand je sortis du métro Longueuil. Ne sachant trop où je devais aller, je suivis un long cortège de gens à la mine basse qui longeaient des parkings déserts à l’ombre du pont Jacques-Cartier, résignés à monter dans un des trois autobus scolaires solitaires postés à presque un kilomètre de là. Une fois rendu, un gars greillé d’un dossard orange de brigadier me beugla : «Tu t’en vas à’ ferme à Jasmin? La numeuro trois.» Comme il n’y avait encore personne à bord, je pus faire le coup du Greyhound, c’est à dire se ruer vers le dernier banc, s’y évacher mollement et faire semblant de dormir jusqu’à se que la machine démarre. Ça fonctionne presque à tous les coups, à condition d’être suffisamment sans-cœur pour faire fi des grognements et autres «calisse!» que vous refilent les martyrs privés de Sain-Siège. Je suis capable de l’être, sans cœur…à mes heures…J’eus donc la pas pire paix jusqu’au chemin de garnotte menant au trou boueux (inexactement nommé «champ») du dit monsieur Jasmin, si ce n’est des cahots redoutables que la suspension achevée faisait subir à ma colonne déjà peu droite.
J’avais encore, à ce moment là, un sourire niais harnaché au visage. J’étais prêts à accomplir n’importe quelle tâche ingrate…
Suite à venir lors d’une autre chaîne de nuits paresseuses…
Classé dans : Auberge | Mots-clefs: Ambulance, Auberge, Boss, Congé, Lundi, Malade, Montréal, Mythomane, Torse, Vieux, Vomi
Ah…ce qu’il fait bon se prélasser les lundis matins…Je crois fermement être en avance sur l’Europe : la semaine de quatre jours, c’est si passé. Vive la semaine de trois jours! Ouais, surtout lorsqu’elle se termine de façon, ma foi…si héroïque! Un pauvre vieillard me surchargeant de remerciements extravagants pour une tâche que j’ai plus ou moins accomplie. Je vous explique :
Le type (appellons le Monsieur I.), séjourne à l’auberge depuis presque deux semaines déjà (au grand dam de ma supérieure de deux échelons, alias Mademoiselle la Directrice). Il a tôt fait de nous entretenir sur le noble motif qui le poussait à visiter Mourial, en l’occurence, amasser des fonds pour un organisme venant en aide aux vétérans. Tout cela est bien merveilleux et louable, or le pauvre petit monsieur se met vitement à raconter des sornettes un peu trop nettes…Sa favorite est que Céline Dion (Dieu nous en protège) est passablement chummy avec lui, au point qu’elle allait donner un spectacle dans le lobby imminemment. Bah…la première fois qu’on entend un truc de la sorte, ça peut passer pour une blague, on s’en tire bien et ça PEUT finir là! Malheureusement, il récidive encore et encore avec cette même histoire (assez épouvantable en soit, d’ailleurs) jusqu’à se que l’on s’en lasse. Voici comment Monsieur I. fut rapidement étiqueté mythomane par la force des choses.
Ainsi, lors d’une nuit morne qui envançait jusqu’ici sans heurt, Monsieur I., expert dans l’art de causer des malaises, semble s’être fait prendre à son propre jeu. Vers 4h45, il me marmone un truc concernant un mal de ventre. Je lui réponds sans lever les yeux de mes rapports que je ne peux lui fourguer de pilules, mais ce n’était pas sa question, il voulait plutôt connaître le numéro d’info-santé. Après avoir parlé pendant à peine une minute avec l’infirmière, il se retourne viviement vers moi et me demande un très gros bol…vite! Fuck! Tout ce que je trouve est minuscule, donc futile pour restituer. Spontané comme un samurai, Mr. I. n’est pas pris au dépourvu : il empoigne la poubelle de la réception, éjecte son convercle et se mets à y dé-déjeuner en émettant des sons inhumains. Je vous assure que jamais je n’aurais pu croire que cet homme pouvait crier de façon aussi aigüe…un peu comme un hurlement de canin blessé…ou est-ce encore celui d’une loutre marine? Peu importe, alors qu’il gerbait sans trève, je pris le combiné et donnai les infos du digne ami de Céline à l’infirmière au bout du fil qui semblait trouver le tout très, très drôle (ouais, ça parait que c’est pas toi qui a la face à un mètre d’un pâté sauce à la bile!). Une fois l’appel terminé, le malade appela lui même l’ambulance vu qu’en plus il avait bien mal au torse. Il s’est excusé puis m’a remercié abondamment avant de monter dans l’ambulance.
Il demeura à l’hopital pendant quelques jours. Je demandai de ses nouvelles sporadiquement et l’on m’apprit qu’il avait téléphoné pour dire qu’il allait bien, qu’il m’était éternellement reconnaissant (allez savoir pourquoi)…et qu’il devait se faire opérer. Au mot «opérer», je fus un peu dégouté de mon stoïcisme intransigeant, mais au fond, comment pouvais-je deviner qu’il ne mentait pas avant qu’il fasse fonctionner son système digestif à sens inverse?
Le lendemain de son départ, j’eus un peu la frousse…Voici le message que j’envoyai à mes estimés collègues ce matin là :
«Vésicules biliaires en fusion
Je commence à croire que (Mr. I.) à trainé autre chose que Céline Dion dans sa valise…Une pandémie, par exemple. Deux nuits, deux patchs de vomi : cette fois, un bougre ou une bougresse a fait vidange dans la toilette à côté du bureau d’über-boss puis à crut bon de saucer un sous-bois de papier brun dans son souper presque digéré. J’ai laissé la scène intacte, pas par paresse, là, mais plus par peur qu’il y ait un cimetière indien en dessous de tout ça…Une malédiction est si vite arrivée. »
Il n’y eu heureusement pas de pandémie et quelqu’un d’autre ramassa le dégât. Je suis vraiment une loque cheap.
* * *
Voilà comment cette épopée se termine : Mr. I. revient de l’hopital, il semble vouloir rester jusqu’à la fin des temps à l’auberge et m’a flanqué des bordées de «Merci» en pleine tronche avant que je lève les voiles à bord de Vagabond (’souvenez, mon trois vitesses brun?) pour un délectable cinq jours et quatre nuits de congé. Bon, je cré bien que je vais aller me chercher une autre bière, là.
J’étais en congé avant-hier et comme je devais passer la nuit debout au travail le lendemain je décidai dans un élan de professionnalisme de me démolir la gueule à l’Esco à l’aide du rédempteur chèque de paie que je venais de recevoir. J’y croisai un vieux pote juste après le dernier set du groupe (les Poupées pas de tête, je crois. C’était malade!) et une pinte en entraînant une autre, rendu au last call je marchais plus croche que Keith Richards. Une quinzaine avant que le doorman nous convainque de quitter les lieux à grands coups d’arguments forts justes, nous fîmes connaissance avec un gars du Lac plutôt volubile qui faisait tourner devant lui, sur le comptoir du bar, une toute petite can de métal arborant, sur le couvercle, l’inscription «Copenhagen».
-Tsss…Hun…C’est quoi ça? Demandai-je habilement.
-Ça là…Ça…(il me fout la canisse à deux pouces de la face pour que je comprenne bien ce que «Ça» voulait dire)…Ça c’est magique, man!
-Ha ha ha! Ouan…
-J’niaise pas! C’est vrai! As-tu déjà entendu parler de t’ça, du snuff?
Du snuff…C’est clair que oui. Une fois fin rond, je peux oublier mon adresse et mon numéro de téléphone, mais je vais me rappeler de la date de la chute de Byzance. Ma mémoire est le chef-lieu de tant de faits futiles et anodins, l’anti-pragmatisme absolu. «Du tabac à priser? Tu sniffes du tabac?» que je lui dis, incrédule. Il hocha glorieusement de la tête, ouvrit le truc et me le tendit. J’avais déjà lu un brin là-dessus et je trouvais l’idée absolument répugnante. Non, mais…du tabac dans le nez! Faut pas être toute là pour essayer un truc pareil! Beh…évidemment que j’ai essayé…
C’est immonde et sublime à la fois. L’odeur n’est pas sans rappeler le tabac à pipe Nightcap de Dunhill (un de mes favoris) et ça vous suit pendant un bon moment. L’effet, quant à lui, est un mélange contradictoire de détente et d’éveil puissant qui dure le temps de…le temps d’une chanson western d’après last-call. On doit toutefois composer avec des éternuements constants et insuportables. Bref, je suis bien heureux de l’expérience, mais je ne crois pas la répéter de si tôt…
Classé dans : Auberge | Mots-clefs: Auberge, Bitch, Furax, Job, Montréal, Slut, Touriste, Voyage
J’étais assis sur la rampe du balcon devant l’auberge, fumant une cloppe, fixant l’horizon d’un air hagard…bah, je travaillais, quoi…lorsque M…, blonde, américaine et souvent saoule personne résidant ici avec une amie depuis déjà quelques jours, fit irruption dehors. Son sourire était aussi large que son décolleté quand elle me demanda si elle pouvait s’asseoir près de moi. Près est un euphémisme : elle s’est mise à cheval sur la rampe et s’est avancée autant qu’elle pu. Peu à mon aise, je tentai de reculer, mais la colonne ionique de droite m’en empêcha. Pendant que j’échafaudais un plan d’évasion, elle me dit que son amie était en beau fusil contre elle et que ce serait chic que l’on parte ensemble «quelque part». Je lui rétorquai que je ne pouvais pas, de un parce que je travaille, de deux parce que je ne peux plus bouger. Elle émit un rire confus quand tout à coup surgit l’amie en question (R…, je crois) qui semble furax contre moi aussi. Voici une traduction libre de l’engueulade qui suivit :
- Reviens dans la chambre tout de suite, salope ! Dit R…
- Pffff…Non! Dit M…
- Oh! Ok! T’aimes mieux fourrer un gars que tu connais depuis moins d’une semaine que de rester avec une amie qui t’endure depuis…huit ans!?
- Ha! Genre…Tellement.
- Ne le fait pas avec elle, c’est une salope. M’informe R…
- Ta gueule, bitch!
Ce n’est qu’à ce moment que je compris qui était «le gars»…Elles se querellaient ainsi à propos d’une situation complètement chimérique, faisant complètement abstraction d’éléments capitaux comme, disons…mon consentement. J’ignore si M… a abdiqué parce que je lui ai glissé au travers ses piaillements que j’étais pris ou bien parce que je riais plutôt fort…De toute façon, elles ont finalement titubé jusqu’à leur chambre en se traitant sporadiquement de «bitch» et «slut» dans le silence des corridors. J’adore ma job!
Classé dans : Auberge | Mots-clefs: Auberge, Caen, Chanteur, Guitare, Hockey, Jacques Villeneuve, Nascar, New Town, Rock Détente
Deux joyeux gaillards de la 214 me racontèrent, la voix toute tremblante d’émotion, qu’après la course de NASCAR ils se sont rendu au New Town et qu’ils y ont vu…devinez donc qui…Et oui! Jacques Villeneuve! Le grand auteur-compositeur-interprète Monégasque en personne! Il leur a même permis de lui serrer la main! Bon prince, il leur a fait don de re-mar-qua-bles produits dérivés vantant sa personne (pas de CDs par contre…pourtant, il doit bien lui en rester quelques milliers…il doit les garder pour lui, le radin…). Plus tard dans la soirée, genre exactement lorsque j’étais très occupé, l’un d’eux s’ingénia à prendre la guitare pour me jouer un vaste pan du répertoire de CAEN! ‘’Je ne la connais pas celle-là’’, ‘’Ah…je trip pas trop là-dessus’’, ‘’Tu serais mieux de jouer en bas, c’est trop fort dans la réception’’, ‘’J’ai beaucoup de travail à faire’’, ‘’Euh…je ne suis pas capable d’endurer leurs tounes’’…Rien n’y faisait! Il s’évertuait à récidiver sans relâche, pendant une bonne demi-heure de supplice Rock Détentesque. N’empêche, ils étaient bien sympathiques malgré tout et seront au rendez-vous cet hiver pour une partie de hockey.
Classé dans : Auberge | Mots-clefs: Auberge, Destrier, Futile, Mélamine, Melons, Pline L'Ancien, Racistes, Retour, Taxis, Tyran, Vagabond, Vélos, Yves Corbeil
«L’histoire se répète toujours.»
-Pline l’Ancien et, à l’occasion, Yves Corbeil
Il le fallait bien. Je suis de retour au comptoir de mélamine jaune comme un nouveau meuble antique qui sait appeler des taxis. Après avoir réparé des vélos pour un tyran, répondu à des milliers d’appels désespérément futiles, livré du courrier sur mon fidèle destrier Vagabond (c’est ce qui est écrit, rose sur brun, sur le cadre) et désherbé des champs de melons avec des brutes racistes grotesques, je dois dire que ça me fait drôlement plaisir de revenir ici.



