J’étais en congé avant-hier et comme je devais passer la nuit debout au travail le lendemain je décidai dans un élan de professionnalisme de me démolir la gueule à l’Esco à l’aide du rédempteur chèque de paie que je venais de recevoir. J’y croisai un vieux pote juste après le dernier set du groupe (les Poupées pas de tête, je crois. C’était malade!) et une pinte en entraînant une autre, rendu au last call je marchais plus croche que Keith Richards. Une quinzaine avant que le doorman nous convainque de quitter les lieux à grands coups d’arguments forts justes, nous fîmes connaissance avec un gars du Lac plutôt volubile qui faisait tourner devant lui, sur le comptoir du bar, une toute petite can de métal arborant, sur le couvercle, l’inscription «Copenhagen».
-Tsss…Hun…C’est quoi ça? Demandai-je habilement.
-Ça là…Ça…(il me fout la canisse à deux pouces de la face pour que je comprenne bien ce que «Ça» voulait dire)…Ça c’est magique, man!
-Ha ha ha! Ouan…
-J’niaise pas! C’est vrai! As-tu déjà entendu parler de t’ça, du snuff?
Du snuff…C’est clair que oui. Une fois fin rond, je peux oublier mon adresse et mon numéro de téléphone, mais je vais me rappeler de la date de la chute de Byzance. Ma mémoire est le chef-lieu de tant de faits futiles et anodins, l’anti-pragmatisme absolu. «Du tabac à priser? Tu sniffes du tabac?» que je lui dis, incrédule. Il hocha glorieusement de la tête, ouvrit le truc et me le tendit. J’avais déjà lu un brin là-dessus et je trouvais l’idée absolument répugnante. Non, mais…du tabac dans le nez! Faut pas être toute là pour essayer un truc pareil! Beh…évidemment que j’ai essayé…
C’est immonde et sublime à la fois. L’odeur n’est pas sans rappeler le tabac à pipe Nightcap de Dunhill (un de mes favoris) et ça vous suit pendant un bon moment. L’effet, quant à lui, est un mélange contradictoire de détente et d’éveil puissant qui dure le temps de…le temps d’une chanson western d’après last-call. On doit toutefois composer avec des éternuements constants et insuportables. Bref, je suis bien heureux de l’expérience, mais je ne crois pas la répéter de si tôt…