Rendons-nous enfin à l’évidence la plus élémentaire : certaines questions ne méritent pas de réponse, alors je refuse désormais de me creuser la cafetière pour leur en trouver une. Voilà…Hier, deux jeunes touristes exagérément sociables passèrent à la réception pour me dire toutes sortes de choses de l’ordre de ‘’Voyager, c’est le fun!’’ et ‘’Il pleut dehors’’. Jusque là tout va bien, on jase de tout et de rien dans la bonne humeur…Jusqu’à ce qu’ils me posent cette drôle de question : ‘’Quel est d’après toi le ratio de belles filles (hotties) qu’il y a dans l’auberge?’’…Puis je me mets à y penser, à jongler avec des chiffres, des visages, des noms, des cuisses…Mais qu’est-ce que je fais là? Me dis-je. C’est impossible de répondre à un truc pareil, alors je décidai de leur expliquer pourquoi, toujours dans la bonne humeur (bien sur, je paraphrase et j’en rajoute par souci d’enjolivement) : ‘’J’aimerais beaucoup te répondre, mais c’est impossible parce que je n’ai aucune donnée valide là-dessus. Pour en avoir, il faudrait d’abord rassembler un échantillon représentatif de filles qui séjournent ici en ce moment. Ensuite, comme la beauté est une notion absolument subjective, il faudrait donc idéalement rassembler un panel d’experts aux préférences variées qui reflètent celles du reste de la population. Aussi, il serait nécessaire de les outiller en créant une grille d’évaluation pour que les résultats soient crédibles…Si on répète ensuite l’expérience en double aveugle et si tout concorde, là seulement je pourrais te répondre, mais honnêtement, je trouve que c’est beaucoup de trouble pour pas grand-chose.’’ Oui, je suis capable d’être plate de même.
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Alors que je fumais une cloppe tranquillement sur le perron de l’auberge, je vis, au coin de René-Lévesque et Mackay, une bande de sept jeunes banlieusards saouls à faire honte qui hurlaient et titubaient au hasard des ilots de glace. Je n’en faisais pas trop de cas jusqu’à ce que je remarque qu’ils emmenaient des tas de trucs d’une voiture à une autre en gueulant de très subtils : ‘’AAAH! Un subwoofer gratuit! Hahaha!’’ et autres ‘’Ostie, check ça man! Veux-tu du lave-vitre?’’. S’ils n’avaient pas eu l’air de tels fieffés mangeux de marde, j’aurais peut-être fermé les yeux…spécialement s’ils avaient été moindrement fringués en pauvres, mais pas une miette! D’authentiques gosses de riches parvenus venus faire le trouble dans MA ville! Non, surtout que je présumais qu’il s’agissait de l’auto d’un touriste…C’est beaucoup de travail un char défoncé, on appelle la police, on réconforte le voyageur, on cause d’assurances…Non, j’ai composé 911 sur le champ en me disant que tout ce cirque serait bientôt terminé et que je pourrais ainsi retourner lire Proust. Pensez-vous…Je retourne sur le porche, fumant cloppe sur cloppe en attendant un char blanc sirèné qui ne vint jamais. Cinq des tapons sont partis dans une voiture pendant que les deux autres attendaient Nez Rouge en volant ce qu’il restait dans la voiture hatchback noire. Comment je sais tout ça? Parce qu’ils HURLAIENT tout ça sans la moindre gêne. Eh bien Nez Rouge arriva une demi-heure après que j’aie fait l’appel alors ils sont partis tout bonnement avec le stock volé dans la valise et des preuves flagrantes de leur méfait PARTOUT autours! La police ne vint jamais. Je rappelai donc au 911, leur disant que ce n’était plus la peine puisqu’ils étaient tous partis de toute façon. Non seulement l’opératrice semblait s’en calisser éperdument, elle ne semblait même pas vouloir des informations que je lui donnais. La morale de cette histoire : je ne rappellerai la police que lorsque je ferai face à des problèmes qui ne se règlent pas avec un wrench et une chaine à bécique.
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Ah…ce qu’il fait bon se prélasser les lundis matins…Je crois fermement être en avance sur l’Europe : la semaine de quatre jours, c’est si passé. Vive la semaine de trois jours! Ouais, surtout lorsqu’elle se termine de façon, ma foi…si héroïque! Un pauvre vieillard me surchargeant de remerciements extravagants pour une tâche que j’ai plus ou moins accomplie. Je vous explique :
Le type (appellons le Monsieur I.), séjourne à l’auberge depuis presque deux semaines déjà (au grand dam de ma supérieure de deux échelons, alias Mademoiselle la Directrice). Il a tôt fait de nous entretenir sur le noble motif qui le poussait à visiter Mourial, en l’occurence, amasser des fonds pour un organisme venant en aide aux vétérans. Tout cela est bien merveilleux et louable, or le pauvre petit monsieur se met vitement à raconter des sornettes un peu trop nettes…Sa favorite est que Céline Dion (Dieu nous en protège) est passablement chummy avec lui, au point qu’elle allait donner un spectacle dans le lobby imminemment. Bah…la première fois qu’on entend un truc de la sorte, ça peut passer pour une blague, on s’en tire bien et ça PEUT finir là! Malheureusement, il récidive encore et encore avec cette même histoire (assez épouvantable en soit, d’ailleurs) jusqu’à se que l’on s’en lasse. Voici comment Monsieur I. fut rapidement étiqueté mythomane par la force des choses.
Ainsi, lors d’une nuit morne qui envançait jusqu’ici sans heurt, Monsieur I., expert dans l’art de causer des malaises, semble s’être fait prendre à son propre jeu. Vers 4h45, il me marmone un truc concernant un mal de ventre. Je lui réponds sans lever les yeux de mes rapports que je ne peux lui fourguer de pilules, mais ce n’était pas sa question, il voulait plutôt connaître le numéro d’info-santé. Après avoir parlé pendant à peine une minute avec l’infirmière, il se retourne viviement vers moi et me demande un très gros bol…vite! Fuck! Tout ce que je trouve est minuscule, donc futile pour restituer. Spontané comme un samurai, Mr. I. n’est pas pris au dépourvu : il empoigne la poubelle de la réception, éjecte son convercle et se mets à y dé-déjeuner en émettant des sons inhumains. Je vous assure que jamais je n’aurais pu croire que cet homme pouvait crier de façon aussi aigüe…un peu comme un hurlement de canin blessé…ou est-ce encore celui d’une loutre marine? Peu importe, alors qu’il gerbait sans trève, je pris le combiné et donnai les infos du digne ami de Céline à l’infirmière au bout du fil qui semblait trouver le tout très, très drôle (ouais, ça parait que c’est pas toi qui a la face à un mètre d’un pâté sauce à la bile!). Une fois l’appel terminé, le malade appela lui même l’ambulance vu qu’en plus il avait bien mal au torse. Il s’est excusé puis m’a remercié abondamment avant de monter dans l’ambulance.
Il demeura à l’hopital pendant quelques jours. Je demandai de ses nouvelles sporadiquement et l’on m’apprit qu’il avait téléphoné pour dire qu’il allait bien, qu’il m’était éternellement reconnaissant (allez savoir pourquoi)…et qu’il devait se faire opérer. Au mot «opérer», je fus un peu dégouté de mon stoïcisme intransigeant, mais au fond, comment pouvais-je deviner qu’il ne mentait pas avant qu’il fasse fonctionner son système digestif à sens inverse?
Le lendemain de son départ, j’eus un peu la frousse…Voici le message que j’envoyai à mes estimés collègues ce matin là :
«Vésicules biliaires en fusion
Je commence à croire que (Mr. I.) à trainé autre chose que Céline Dion dans sa valise…Une pandémie, par exemple. Deux nuits, deux patchs de vomi : cette fois, un bougre ou une bougresse a fait vidange dans la toilette à côté du bureau d’über-boss puis à crut bon de saucer un sous-bois de papier brun dans son souper presque digéré. J’ai laissé la scène intacte, pas par paresse, là, mais plus par peur qu’il y ait un cimetière indien en dessous de tout ça…Une malédiction est si vite arrivée. »
Il n’y eu heureusement pas de pandémie et quelqu’un d’autre ramassa le dégât. Je suis vraiment une loque cheap.
* * *
Voilà comment cette épopée se termine : Mr. I. revient de l’hopital, il semble vouloir rester jusqu’à la fin des temps à l’auberge et m’a flanqué des bordées de «Merci» en pleine tronche avant que je lève les voiles à bord de Vagabond (’souvenez, mon trois vitesses brun?) pour un délectable cinq jours et quatre nuits de congé. Bon, je cré bien que je vais aller me chercher une autre bière, là.
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J’étais assis sur la rampe du balcon devant l’auberge, fumant une cloppe, fixant l’horizon d’un air hagard…bah, je travaillais, quoi…lorsque M…, blonde, américaine et souvent saoule personne résidant ici avec une amie depuis déjà quelques jours, fit irruption dehors. Son sourire était aussi large que son décolleté quand elle me demanda si elle pouvait s’asseoir près de moi. Près est un euphémisme : elle s’est mise à cheval sur la rampe et s’est avancée autant qu’elle pu. Peu à mon aise, je tentai de reculer, mais la colonne ionique de droite m’en empêcha. Pendant que j’échafaudais un plan d’évasion, elle me dit que son amie était en beau fusil contre elle et que ce serait chic que l’on parte ensemble «quelque part». Je lui rétorquai que je ne pouvais pas, de un parce que je travaille, de deux parce que je ne peux plus bouger. Elle émit un rire confus quand tout à coup surgit l’amie en question (R…, je crois) qui semble furax contre moi aussi. Voici une traduction libre de l’engueulade qui suivit :
- Reviens dans la chambre tout de suite, salope ! Dit R…
- Pffff…Non! Dit M…
- Oh! Ok! T’aimes mieux fourrer un gars que tu connais depuis moins d’une semaine que de rester avec une amie qui t’endure depuis…huit ans!?
- Ha! Genre…Tellement.
- Ne le fait pas avec elle, c’est une salope. M’informe R…
- Ta gueule, bitch!
Ce n’est qu’à ce moment que je compris qui était «le gars»…Elles se querellaient ainsi à propos d’une situation complètement chimérique, faisant complètement abstraction d’éléments capitaux comme, disons…mon consentement. J’ignore si M… a abdiqué parce que je lui ai glissé au travers ses piaillements que j’étais pris ou bien parce que je riais plutôt fort…De toute façon, elles ont finalement titubé jusqu’à leur chambre en se traitant sporadiquement de «bitch» et «slut» dans le silence des corridors. J’adore ma job!
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Deux joyeux gaillards de la 214 me racontèrent, la voix toute tremblante d’émotion, qu’après la course de NASCAR ils se sont rendu au New Town et qu’ils y ont vu…devinez donc qui…Et oui! Jacques Villeneuve! Le grand auteur-compositeur-interprète Monégasque en personne! Il leur a même permis de lui serrer la main! Bon prince, il leur a fait don de re-mar-qua-bles produits dérivés vantant sa personne (pas de CDs par contre…pourtant, il doit bien lui en rester quelques milliers…il doit les garder pour lui, le radin…). Plus tard dans la soirée, genre exactement lorsque j’étais très occupé, l’un d’eux s’ingénia à prendre la guitare pour me jouer un vaste pan du répertoire de CAEN! ‘’Je ne la connais pas celle-là’’, ‘’Ah…je trip pas trop là-dessus’’, ‘’Tu serais mieux de jouer en bas, c’est trop fort dans la réception’’, ‘’J’ai beaucoup de travail à faire’’, ‘’Euh…je ne suis pas capable d’endurer leurs tounes’’…Rien n’y faisait! Il s’évertuait à récidiver sans relâche, pendant une bonne demi-heure de supplice Rock Détentesque. N’empêche, ils étaient bien sympathiques malgré tout et seront au rendez-vous cet hiver pour une partie de hockey.
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«L’histoire se répète toujours.»
-Pline l’Ancien et, à l’occasion, Yves Corbeil
Il le fallait bien. Je suis de retour au comptoir de mélamine jaune comme un nouveau meuble antique qui sait appeler des taxis. Après avoir réparé des vélos pour un tyran, répondu à des milliers d’appels désespérément futiles, livré du courrier sur mon fidèle destrier Vagabond (c’est ce qui est écrit, rose sur brun, sur le cadre) et désherbé des champs de melons avec des brutes racistes grotesques, je dois dire que ça me fait drôlement plaisir de revenir ici.



